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Jules Tchimbakala : une vie dédiée au ballon rond

12 novembre 2014 - 13:15

Jules Tchimbakala ballon en main sur la pelouse du stade Gouges-Boutal. à bientôt 44 ans, l'ancien du TFC continue à vivre sa passion sous les couleurs lafrançaisaines./ Photo DDM, J. B.

Depuis trois saisons, le capitaine du Sporting-club Lafrançaise se nomme Jules Tchimbakala. Après un début de carrière au Paris FC, l'international congolais fut l'un des artisans de la remontée du TFC en Ligue 1. à bientôt 44 ans, il continue à vivre sa passion. Cet homme a le ballon rond chevillé au corps.

à l'image d'autres grands clubs amateurs de la Ligue du Midi tels le Montauban Football-club, l'US Cazères, l'AS Muret ou l'US Albi, le Sporting-club Lafrançaise faisait partie de l'élite régionale dans les années soixante-dix, quatre-vingt. De grands noms ont évolué à cette époque, sur la pelouse du stade Gouges-Boutal. Les anciens se rappelleront des Salido, Lepkovitz, Terme, Mouliérac, Pujol, Marty, Meynen ou Cassayre. Le plus fameux d'entre-eux, formé à l'école lafrançaisaine, fut sans conteste Jean-Louis Zanon, parti chez les Verts de Saint-Étienne où il effectua une brillante carrière.

Retombé dans l'anonymat comme tant d'autres, le Sporting se débat aujourd'hui dans les dures joutes de la Promotion Ligue. Dans ses rangs, un capitaine au nom bien connu : Jules Tchimbakala. Du football professionnel au football amateur, l'ancien international congolais nous a parlé de sa passion pour le football au cours d'une conversation à bâtons rompus. Morceaux choisis…

Jules, quel est le secret de votre longévité ?

Je vais fêter mes 44 ans en janvier 2015 et l'envie de jouer au ballon est toujours présente. Tant que je peux apporter quelque chose de positif sur le terrain, pourquoi me priver ? Je suis en bonne santé, j'ai une bonne hygiène de vie. Certes, il m'arrive d'avoir les jambes un peu lourdes après un match mais tout va bien. J'ai juste adapté ma façon de m'entraîner.

Tout se passe d'abord dans la tête, non ?

Exactement. à Lafrançaise, j'ai trouvé un groupe de jeunes joueurs assez extraordinaire. J'aime partager mon expérience avec eux. Ils sont réceptifs à mes conseils. C'est très gratifiant pour moi. Parfois, je leur en demande beaucoup sur le terrain, j'insiste pour qu'ils en fassent toujours plus mais c'est pour le bien de l'équipe. Même à notre niveau, les matchs se jouent souvent à peu de chose. Il faut donc travailler ce petit plus qui fait souvent la différence.

Vous parlez comme un coach…

Peut-être. Mais à Lafrançaise, le coach se nomme Yohan Vabre. Il est bien en place et assume bien son boulot. Je joue en défense centrale. Sur le terrain, je suis bien placé pour corriger certains défauts de l'équipe mais ça s'arrête là. Le patron, c'est Yohan.

Pourtant, on vous sent entraîneur dans l'âme…

On verra quand j'arrêterai ma carrière de joueur. Coacher une équipe ne me déplairait pas. Je passerais certainement mes diplômes un jour ou l'autre. J'ai vécu une belle expérience à la tête des U13 de Garonne et Gascogne à l'époque où mon fils y évoluait. Nous avions effectué une belle saison. Les gamins avaient bien progressé mais, entre le boulot, la famille, les matchs du week-end et l'entraînement des jeunes, j'étais complètement surbooké. Il a fallu faire des choix.

Comment se passe cette troisième saison à Lafrançaise ?

Avec quatre victoires et un match nul, nous avons bien entamé le championnat. Pour l'instant, notre attaque est la meilleure de la poule, notre défense n'est pas mal non plus. Nous sommes deuxième au classement, à deux points d'Auch. Donc tout va pour le mieux même si la défaite cruelle face à Lourdes en coupe de France a été difficile à avaler. Nous échouons après une interminable séance de tirs au but (11 à 10) qui aurait tout aussi bien pu tourner en notre faveur. Avec le recul, cette rencontre particulière fera partie des beaux souvenirs pour mes jeunes coéquipiers. Ce style de match, face des équipes de niveau supérieur, ne peut que faire progresser le groupe. C'est dans la défaite qu'on apprend le plus. Contre Lourdes, les garçons se sont rendu compte qu'ils possédaient des ressources insoupçonnées. Il faut travailler là dessus.

Vos objectifs ?

Notre groupe n'est pas assez étoffé pour affirmer quoique ce soit. Tout dépendra des blessures et des suspensions. Si nous sommes épargnés, nous animerons ce championnat avec quelques ambitions. L'appétit vient en mangeant…

Revenons à votre expérience professionnelle au Toulouse Football-club.

Je suis arrivé dans la ville rose lors de la saison 1995-1996, je côtoyais enfin le haut niveau. ça marque. J'évoluais au poste de défenseur. Le club était en Ligue 2, Roland Courbis entraînait l'équipe puis, Alain Giresse l'a remplacé à la trêve. Alain Casanova s'occupait des gardiens de but. Nous avions terminé à la cinquième place derrière Marseille et Caen qui étaient montés cette année-là.

Et la saison suivante a été la bonne…

Oui. Nous avions l'un des plus gros budgets du championnat. Cette montée en Ligue 1 semblait donc logique. Nous avions une excellente équipe. Thierry Moreau, Laurent Battles, Laurent Sachy, François Caldéraro, Rémy Lauret et Teddy Richert étaient les leaders. «Gigi» à la baguette nous apportait son expérience, son talent. Cette saison 96-97 reste, bien sûr, l'un des meilleurs souvenirs de ma carrière. Malheureusement, cette montée n'a pas été appréciée à sa juste mesure à Toulouse. Nous nous attendions à une grande fête, ce fut loin d'être le cas.

Vous avez ensuite découvert la Ligue 1. Vraiment un autre monde ?

Carrément. Tout va plus vite. Il a fallu s'adapter rapidement. Même si je n'ai pas joué autant que je le souhaitais, ce fut une saison enrichissante. J'ai eu la chance d'affronter Marseille, PSG, le Metz de Robert Pires. Malheureusement, le TFC ne m'a pas conservé en fin de saison. J'ai quitté Toulouse en même temps qu'Alain Giresse qui avait signé au PSG.

Que retenez-vous de ces trois belles saisons ?

J'arrivais du monde amateur. Je me suis vite aperçu du changement de mentalité. Le milieu professionnel est à l'image de notre société : aucuns cadeaux, il faut se battre en permanence pour exister. Parfois, on est loin de l'esprit collectif que devrait avoir une équipe de Ligue 1 ou de Ligue 2. Certaines pratiques ou certains comportements m'ont choqué à l'époque. C'est comme ça. On ne se faisait pas de cadeaux. J'exerçais un métier alors que le football est un jeu, une véritable passion pour moi.

Aucuns regrets ?

Non. Bien sûr, j'aurai souhaité poursuivre ma carrière professionnelle un peu plus longtemps mais tant que je peux vivre ma passion et que ma famille va bien, je suis le plus heureux des hommes.

Les laissés pour compte du football européen

Ceux qui ont regardé «Cash investigation» le 4 novembre, sur leur petit écran, ont pu toucher du doigt la misère qui règne en République démocratique du Congo. Corruption, mauvaise gestion, contrebande, activité minière clandestine… L'économie de ce pays qui possède pourtant d'énormes richesses, est au plus mal. Entre 1997 et 2005 une guerre a fait près de cinq millions de morts, le chaos total.

Comme on a pu le constater dans le magazine, les jeunes Congolais n'ont aucun avenir. S'ils veulent subsister, ils doivent descendre dans la mine au péril de leur vie. Pourtant, ils ont tous un rêve secret : devenir footballeur professionnel. «Je suis né à Pointe-Noire, je connais bien mon pays même si j'ai passé ma jeunesse en France», explique Jules Tchimbakala. «Là-bas, Didier Drogba, Yaya Touré ou Gervino sont des idoles. Tous les jeunes veulent leur ressembler. Ils sont prêts à faire n'importe quoi pour tenter leur chance. Ils veulent aller au bout de leur rêve.»

La réalité est bien évidemment tout autre. Dans le football aussi, les jeunes Africains sont exploités sans vergogne par des intermédiaires véreux. Attirés par les miroirs aux alouettes européens, près de 7000 arrivent chaque année, en France, en Angletterre, en Italie ou en Espagne pour effectuer des essais dans les grands clubs. Combien réussissent ? Très peu. Les autres ? La plupart deviennent des laissés pour compte, souvent des sans-papiers, livrés à eux-mêmes sans possibilité de retour dans leur pays. Très sensible au problème, Jules Tchimbakala ne voit qu'une solution : «Il faut que les instances du football mettent les choses au clair. Elles doivent instaurer des lois qui encadrent la venue des jeunes Africains en Europe, forcer les clubs à passer des accords avec l'Afrique. Et surtout, mettre un terme aux agissements de ces agents qui ne pensent qu'à gagner de l'argent en profitant du système. Sans cela, on arrivera à rien.»

Ceux qui dirigent le football mondial le veulent-ils vraiment ? La balle est dans leur camp…

Le Congo et la CAN

International congolais, Jules Tchimbakala compte sept sélections avec l'équipe nationale, dont trois au cours de la phase finale de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) 2000. «Cette année-là, la phase finale se disputait au Ghana et au Nigéria. Nous étions dans le groupe de la mort avec le Nigéria, la Tunisie et le Maroc. Malheureusement, nous n'avions pu sortir de la poule, cela reste tout de même un superbe souvenir.»

Depuis, le Congo n'est plus jamais arrivé à ce niveau de compétition mais cette saison, l'espoir renaît avec l'arrivée de Claude Leroy à la tête de l'équipe nationale. Jules s'en réjouit : «L'équipe a eu la chance d'être repêchée après sa défaite contre le Rwanda. Depuis, elle enchaîne les bons résultats. Sa victoire au Nigéria la propulse à la deuxième place de sa poule qualificative juste derrière l'Afrique du Sud. Les choses semblent bien engagées, ça fait plaisir. Mon pays possède d'excellents joueurs comme Thievy Bifouna, à peine âgé de 22 ans. Là-bas, le football est une véritable religion. Les supporters attendent beaucoup de l'équipe nationale. La pression est démesurée par rapport à l'Europe. Quand j'entends certains se plaindre de la pression, ici en France, ça me fait marrer. Ils devraient aller faire un tour en Afrique. En 2000, nous sentions toutes les responsabilités que nous avions sur les épaules. Malheureusement, les Africains veulent tout, tout de suite. Ils n'ont aucune patience. Il est donc compliqué de construire. J'aimerais bien que le football congolais progresse, qu'il travaille sur des bases plus solides mais pour l'instant, ce n'est pas le cas.»

Propos recueillis par Jean-Marc Barrère

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